Dimanche, lundi…

 

      Je n’ai pas fait ce que je pensais dimanche : ni piscine, ni stadtmuseum : en arrivant en ville avec mes décisions, je me suis retrouvé au milieu d’une foule dense, inondant les rues et les magasins tous ouverts.

         Des orchestres jouaient à tous les coins, surtout des musiques folkloriques, et des estrades étaient dressées où évoluaient des danseurs en tenues traditionnelles, engagés dans des rondes réjouissantes scandées par les battements de mains des spectateurs.

         Les saucisses grillaient dans tous les coins et la bière coulait à flot. Ici, la moindre manifestation est l’occasion de sortir et de faire couler le liquide national.

         Bref ? ce climat festif m’a retenu, curieux des stands et de leurs produits variés, observant les danseurs, écoutant les musiciens, tout le long d’une promenade finalement assez enrichissante et plutôt agréable.

         Je ne sais donc pas pourquoi un insidieux cafard s’est lentement installé en moi, au fur et à mesure que j’allais et venais dans les rues bigarrées.

Alors quand le soleil a commencé à décliner, je suis lentement remonté vers le Nord, puis tournant le dos à sa lumière faiblissante, ai continué mon chemin vers MedAppart, la résidence où je suis installé, avec son grand papillon sur la façade ocre.

         J’ai rangé ce qui trainait encore, fait chauffer un plat au micro onde, une de ces recettes allemande baignant dans une sauce indéfinissable, et choisi d’explorer l’internet à la recherche d’un point de chute raisonnable pour  démarrer le printemps ailleurs qu’à l’adresse que je croyais mienne.

         J’ai abandonné le clavier longtemps après. Désappointé.

J’ai repris le livre de E. Dress, je le lis au compte goutte, exprès, quelques paragraphes à chaque fois, pour qu’il dure le plus longtemps possible. Même s’il ne finit pas comme je le crois, j’aime la façon dont il est écrit, le style, les sentiments exprimés, le désarroi, et puis le titre, mon leitmotiv depuis si longtemps. J’ai vu sur le net qu’un film éponyme avait été réalisé par l’auteure, en 1992, dans lequel elle joue le role d’Eva, ce qui me conforte dans l’idée qu’il est largement autobiographique. Je vais essayer d’acquérir le dvd des que j’habiterai quelque part. Il y aura bien une bonne âme pour m’inviter à le regarder sur sa tv puisque je n’en aurai pas, voila déjà une chose entendue.

 

         Aujourd’hui, après le cours, que j’ai suivi avec attention pour la première fois depuis deux semaines, j’ai recommencé à perdre le moral. Je n’arrivais pas à me décider à aller à la piscine, dont je sais pourtant que je manque.

         Je suis quand même sorti, de force presque, avec mon sac sur le dos. Je n’ai pas pris la direction du grand bassin de 50m, mais celui du centre ville (20mn de marche). En route, toujours tenaillé par la culpabilité de me laisser aller ainsi, j’ai obliqué imperceptiblement vers l’entrée du ‘HallenBäde’ de 25m. Arrivé devant la caisse, j’ai encore hésité, comptant les pièces dans mon porte monnaie en espérant n’avoir pas les 3,30 euros nécessaires, relisant les horaires, les tarifs. Finalement, admettant que je n’avais rien de plus intelligent à faire, je suis entré, me disant que je ne resterai pas longtemps, que je ne ferai que 500m, qu’il était tard, que j’irai faire des courses… Je suis entré.

         Le vestiaire, presque désert, la douche chaude. Ouf, chaude ! Je la fais durer.

         Et puis je me dis, chaude, ce sera difficile de rentrer dans l’eau, et j’ai refroidi le jet sur ma peau.

En montant les marches qui mènent au niveau du bassin, l’odeur typique de ce lieu commençait à agir favorablement sur mes neurones, j’allais mieux, je me détendais, j’en avais conscience. J’ai posé mon sac sur un banc, remplacé mes lunettes de vue par celles de nage et suis descendu dans le bassin. Je redoutais la fraîcheur, trop sans doute, j’ai trouvé la température agréable et me suis lancé dans le bassin.

         Je ne comprendrai jamais pourquoi je viens à reculons, l’esprit en broussaille. Dès que je commence à nager, je regrette d’avoir attendu pour le faire.

La couleur de l’eau, la douceur de l’eau, la légèreté du corps, la facilité d’évolution, rendent les premiers mètres soyeux comme un drap de soie. Je m’y glisse avec bonheur.

         Et puis le calme envahit mon esprit, totalement. La nage occupe mon cerveau reptilien, ma respiration se régularise, les longueurs défilent. Je suis absorbé par leur décompte. Apres 500m, l’abandon n’est plus possible : le cœur a retrouvé son rythme, mis à mal dans le premier quart d’heure, les poumons cessent de s’asphyxier et l’air qui rentre calme son débit, les muscles des bras ne font plus souffrir, l’épaule gauche, souvent douloureuse fonctionne comme si elle était huilée.

         Les dernières longueurs ne sont plus que des moments de pur plaisir, il pourrait s’en ajouter des dizaines si je voulais à ce moment me perdre dans l’oubli et l’hypnotisme de l’épuisement.

         La piscine est une des choses qui comptent dans ma vie. Pas compliquée, pas chère, et toujours apaisante J’ai besoin de l’eau, de m’y couler, d’y bouger. Un souvenir du liquide amniotique sans doute. Et mon cœur qui tape, après les longueurs en crawl (une sur deux) doit me rappeler celui de ma mère. Quelque chose comme ça, ça ne coûte rien de le croire.

         En sortant du batiment,  à nouveau, le plaisir de respirer comme si les sinus étaient neufs, la sensibilité à l’air du soir, aux odeurs des haies que d’ordinaire on ne sent plus.

Chaque fois, je me rappelle la première fois que je suis allé seul, volontairement, à la piscine de St Ouen, près de Paris. J’avais une douzaine d’années, peut-être plus, je ne sais plus, mais j’avais, en y allant, un début de rhume. En sortant, j’ai eu pour la première fois cette extraordinaire impression que j’étais guéris, que les odeurs entraient par milliers dans mon nez, que je sentais comme je n’avais jamais senti, que c’était ‘magique’. (Ah ce mot !)

         L’impression était tellement forte que je l’ai gardée toute ma vie et qu’elle me revient chaque fois que la nage m’a décapé les narines.

Un souvenir d’enfance, un bon souvenir. Je vais le garder encore, celui-là, il me plait bien.

        

         Après ce moment d’effort, et mon angoisse évacuée, j’ai fais une petite marche à travers le centre ville, au soleil encore présent grâce au nouvel horaire, et j’ai finit par m’asseoir chez Bogart, un bar musical très calme que je n’ai pas fréquenté depuis une dizaine d’années. J’ai demandé une bière blanche et vécu quelques instants au présent, absorbé dans l’observation des passants, l’esprit en friche, débranché.

         L’heure de rentrer manger approchait (comme s’il y avait urgence, on se crée des habitudes ridicules), je choisi de rester là, à déguster le plat que l’ardoise me proposait. Ce simple fait était révélateur du bien-être que la nage m’avait inoculé ; il ne durerait pas, j’en profitais comme d’une chose rare.

         Et puis comme prévu, quand j’ai finis par me dire que c’était dommage de ne pas partager ce moment là avec quelqu’un qui aurait mis son genou contre le mien, j’ai réglé ma  Montag sonderAngebot (promo du lundi), fini ma bière et repris le chemin solitaire vers les quartiers, déserts à cette heure, du SiemensLand, au nord-est de la ville. Un raccourci improvisé m’a fait perdre dix minutes, mais marcher, c’est aussi une saine activité, et la température clémente de ce début de semaine ne la rend pas pénible.

         Voilà, la soirée est bien entamée, je vais pouvoir choisir une connerie américaine sur la télé allemande et m’endormir sur la télécommande.

A moins que je n’écrive un mot pour mon blog…

 

Une réponse à “Dimanche, lundi…”

  1. retrouver un instant le souvenir ancien….le goût, l\’odeur de l\’enfance …il n\’y a rien de plus Magique !
    un moment, une minute, une seconde de pur bonheur.
     

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