dernier week-end en Bavière

J’ai du mal a réaliser que deux semaines ont passées depuis que je suis ici (Erlangen, Bavaria in Deutschland). Le temps passe avec une infinie lenteur et, si j’ai tendance à m’en plaindre parfois, je dois admettre aussi que ce noman’s land mental n’a pas que des inconvénients.

            Dans la situation actuelle, où je n’appartiens plus à rien ni personne, j’ai du mal à trouver le repos intellectuel qu’offre la certitude du lendemain.

            Ici, cette semaine, la première du printemps, le sujet de conversation le plus courant était tout bonnement le temps qu’il fait. Il faut dire qu’on a été gâtés, avec une belle alternance de soleil, pluie et neige, le tout sans que cela change le moins du monde le cours de nos occupations. On se demande donc pourquoi on en parle.

            La société nous loge tout près du centre de formation, dans des appartements tout neufs et très confortables (pour ce qu’on y fait).  Trente deux mètres carrés (ma fille en a neuf à l’université) aménagés de façon ultra moderne, dont un grand coin cuisine  entièrement équipé d’électroménager Siemens intégré.

 

            Un rêve pour les célibataires que nous sommes ici. Si je trouvais la même chose chez nous, je remercierais le ciel, sauf qu’ici je suis gracieusement invité et qu’il n’en serait pas de même,

            Dans ma toute nouvelle situation, dont je ne sais pas encore si elle est une chance ou une galère, je ferai preuve de plus de modestie si je veux continuer à respirer au dessus de la surface.

           

            Les activités des uns et des autres, ici, sont assez peu différentes de celles que je connais depuis 22 ans que je fréquente la ville. Personnellement c’est la piscine qui a ma préférence. J’y ai amené quelques uns de mes collègues, jeunes et nouveaux dans le métier, ils m’ont en échange fait découvrir la salle de musculation pour laquelle je ne me suis toujours pas pris d’affection, l’odeur de sueur qui règne dans les vestiaires n’arrivant pas à me convertir à ses bienfaits.

            Et puis le week-end, il y a la sempiternelle descente à Nuremberg, pour y faire du shopping dans la foule, de la marche, des visites plus ou moins intéressantes, mais toujours dépaysantes dans la vieille ville si parfaitement reconstituée.

C’est ce que j’ai encore fait ce samedi, toujours en compagnie de mes jeunes compagnons. Par contre, après quelques temps passé à les suivre dans des magasins qu’on pourrait trouver dans n’importe quelle ville de la planète, à s’extasier devant les chaussures Adidas, les chemises Mexx ou les clés USB 2gbytes, j’ai craqué quand il s’est agit de faire ½ heure de queue pour déguster une pizza Hutt. Et puisque j’avais le désir de visiter la maison- musée du peintre Albrecht Dürer qui est une icône en Allemagne, j’ai choisi de séparer nos activités pour l’après-midi.

            Après un vrai repas tout seul, (poisson, légumes, vin et café) j’ai rejoint le lieu de la visite.

Un supplément m’a permis de profiter d’une visite guidée en anlais, ce qui est autrement bénéfique pour moi que la langue de Goethe.  Je ne peux pas dire que j’aime la peinture du 15 ème siècle en général, ni celle de Dürer en particulier, mais son travail pour promouvoir la diffusion de son art par le moyen de l’impression m’a réellement intéressé. J’aime à découvrir les bons côtés de l’humanité, on nous rabâche suffisamment  les mauvais qui m’exaspèrent, comme les guerres et leurs innombrables justifications.

            Les hommes, je dis bien les hommes pas les femmes, sont souvent capables du pire mais de toutes évidences, il en est quelques uns qui peuvent le meilleur. Ceux là ont leur ingéniosité ou leur art bien placés. Les autres s’occupent à détruire méthodiquement leur travail. Un troisième groupe, le plus important, oscille entre génie et bêtise, je suis probablement dans celui-là, il faut bien être quelque part.

            J’ai donc pris deux heures de plaisir aujourd’hui, dans l’enceinte des deux musées que j’ai pu visiter avant que la pluie ne reprenne, précipitant le retour de mes jeunes amis.

Plusieurs autres sont à voir,  J’aurai d’autres occasions. Ce n’est pas tellement le contenu qui m’attire, mais plutôt l’ambiance qui y règne, celle du bon côté de l’humanité,  l’odeur palpable de la culture, celle qui stimule les bons neurones.

            J’évite toujours les salles où s’exposent les armes, celles où les peintures représentent la sauvagerie de la violence. De la même façon je ne vais pas voir les films de guerre, où qui se passent dans cette ambiance. Sûr je perds quelques bonnes œuvres, mais j’y gagne en paix intérieure. La haine me met mal à l’aise. Je préfère les scènes d’amour, c’est comme ça ; On cherche ce dont on manque, ou qu’on ne sait pas trouver.

L’agressivité, c’est facile, pas besoin de la chercher, elle vous trouve toute seule, mais l’amour, celui qui fait rêver, partagé, pas compliqué, celui-là c’est dans les films qu’il faut le chercher, quête permanente de l’humanité.

            Nous sommes rentrés vers 17h, le samedi est passé.

Les jeunes sortiront encore ce soir, ils iront trainer dans les bars musicaux de la ville, à la recherche de mini aventures sans arrière pensée dont ils pourront rire cette semaine. Je ne les suivrai pas là, je ne serais pas à ma place. Il y a un temps pour tout et le mien a passé.

Je reste au chaud, je regarderai ‘French Kiss’, sur Kabel1, une comédie sentimentale, en allemand. Assez pour me distraire agréablement, assez pour ne pas m’habituer à cette foutue télé dont j’ai si bien réussi à me passer chez nous, mais il faut vous dire, French kiss, c’est avec Meg Ryan. On ne se refait pas !

           Demain, c’est dimanche, le dernier ici. Je me lèverai tard. Le reste dépendra du temps et de l’humeur. Ménage ou promenade, jogging ou piscine, qu’importe, il est le dernier de cette absence.  J’essayerai, c’est ma dernière occasion, de ne pas rebrancher mon cerveau. En faire un vrai dimanche d’oubli, coupé du passé, sans futur. Un seul long moment présent.

            J’essayerai. Les choses qui attendent le retour de mes réflexions sont trop désagréables à regarder. Je ne suis pas vraiment prêt à me retrouver sur le bord du quai,  regarder mon train s’éloigner sans pouvoir l’arrêter.

       <Faites que le rêve dévore votre vie afin que la vie ne dévore pas votre rêve>

J’essaye docteur, j’essaye.

 

2 réflexions sur “dernier week-end en Bavière”

  1.    Cher internaute inconnu,
      On rêve sa vie quand on ne peut pas vivre ses rêves.
    Je reconnais que c\’est moins satisfaisant, et nécessite d\’être convaincu que les rêves se réalisent.
    Cela permet aussi, dans l\’attente, de créer des liens qui ont besoin de temps pour s\’assurer.
    De temps et de confiance.
     

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